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Passage, tableau, hors tout, dos de dormant, jeu déduit : les 5 types de cotes
Une même ouverture donne cinq mesures différentes selon la convention utilisée. Tant que la convention n'est pas déclarée, un chiffre sur une feuille de cotes ne veut rien dire.
Pourquoi un nombre seul ne suffit jamais
« 1 200 × 1 500 » ne dit que la moitié de ce qu'il faut savoir. L'autre moitié, la convention de cotation, est restée dans la tête du métreur, pendant que le fournisseur applique la sienne. La majorité des refabrications naissent dans cet écart.
Les menuisiers connaissent ces conventions et les manient tous les jours. Une feuille de cotes papier, elle, n'a pas de case pour les écrire, donc elles se perdent entre le chantier et la commande.
Les cinq conventions
- Passage
- La dimension utile réellement franchissable une fois la menuiserie posée et ouverte. C'est la cote qui intéresse le client : celle par laquelle son canapé passera ou ne passera pas. C'est aussi la plus petite des cinq, puisqu'elle déduit le dormant et l'ouvrant.
- Tableau
- La dimension de l'ouverture dans la maçonnerie, mesurée entre les tableaux. C'est la référence la plus utilisée au métré, parce que c'est ce qu'on mesure physiquement avant toute pose. Elle ne dit rien à elle seule de la menuiserie à fabriquer : il faut y appliquer la pose retenue.
- Hors tout
- La dimension extérieure maximale de la menuiserie finie, aile de recouvrement comprise le cas échéant. Elle décrit le produit là où la cote de tableau décrit le trou, et les confondre donne une menuiserie qui ne rentre pas.
- Dos de dormant
- La dimension prise au dos du dormant, hors aile de recouvrement. Utile en rénovation sur dormant existant, où c'est cette face qui détermine l'appui du nouveau cadre.
- Jeu déduit
- La cote de fabrication : la dimension de tableau moins les jeux de pose nécessaires au calage et à l'étanchéité. C'est ce que le fournisseur va réellement fabriquer. La transmettre sans dire que c'est une cote de fabrication expose au risque que le jeu soit déduit deux fois.
Ce que la convention change concrètement
Sur une même baie mesurée à 1 200 mm entre tableaux, la cote de passage, la cote hors tout et la cote en jeu déduit ne donnent pas le même nombre. Chacune est juste là où on l'utilise. L'ennui commence quand on transmet l'une en laissant croire que c'est l'autre.
Passer d'une cote de tableau à une cote hors tout suppose de connaître la pose, et chaque fournisseur applique ensuite ses propres déductions. Prenons une baie relevée à 1 200 × 1 350 mm entre tableaux.
- En pose tunnel, le dormant commandé fait 1 190 mm de largeur hors tout sur 1 340 mm de hauteur hors tout chez ce type de fournisseur, soit 10 mm de jeu déduits en largeur comme en hauteur.
- La même baie posée en applique donne 1 260 × 1 380 mm, parce que le dormant recouvre la maçonnerie par l'intérieur et ajoute 60 mm en largeur, 30 mm en hauteur.
- Entre les deux commandes, l'écart atteint 70 mm en largeur et 40 mm en hauteur, sur une ouverture qui n'a pas bougé.
- Tous les fournisseurs ne déduisent pas la même chose en tunnel : 10 mm en hauteur chez les uns, 5 mm chez les autres.
- Côté applique, l'ajout annoncé va de 50 à 70 mm en largeur et de 30 à 40 mm en hauteur selon le fabricant.
- En rénovation sur dormant existant, l'écart au hors tout vient de l'aile de recouvrement, qui mesure 30, 40 ou 60 mm chez un fabricant, 20, 38 ou 76 mm d'une gamme à l'autre.
Aucune de ces valeurs ne sort d'un texte normatif. Le NF DTU 36.5 impose un recouvrement minimal du dormant sur le gros œuvre de 13 mm et tolère une baie livrée à plus ou moins 10 mm de la baie prévue. Il limite aussi à 15 mm la largeur du joint mastic directement exposé aux intempéries. En revanche, il ne dit rien de la conversion du tableau au hors tout, qui reste un usage de fabricant. Deux fournisseurs ne l'appliquent pas de la même façon. Quand la convention est écrite à côté de la cote, le fournisseur applique au moins sa règle sur une dimension dont il connaît la nature.
- Le client pose une question de passage : est-ce que ça passe ?
- Le maçon pose une question de tableau : quelle ouverture je réserve ?
- Le fournisseur pose une question de fabrication : quelle dimension je produis ?
- Le poseur pose une question de jeu : combien il me reste pour caler ?
Une feuille de cotes qui ne porte qu'un nombre oblige chacun à répondre à sa question avec la réponse d'un autre, et l'erreur ne se voit qu'à la livraison.
Déclarer la convention plutôt que la sous-entendre
Choisir une convention unique pour toute l'entreprise ne règle rien : les fournisseurs n'attendent pas tous la même, et la rénovation n'appelle pas la même que le neuf. Il faut plutôt rendre la convention obligatoire et explicite sur chaque relevé.
C'est le parti pris du métré digital VeriDoc : chaque bloc de cotes porte son type (passage, tableau, hors tout, dos de dormant ou jeu déduit), choisi dans une liste, jamais laissé implicite. Une même menuiserie peut porter plusieurs blocs quand le dossier l'exige, par exemple un relevé en tableau pour le poseur et une cote en jeu déduit pour le fournisseur.
Cette information ne s'arrête pas à la feuille imprimée. Elle est conservée jusqu'à la vérification de l'accusé de réception, si bien qu'au retour de l'ARC, la comparaison sait dans quelle convention la dimension d'origine a été relevée et ne signale un écart que s'il y en a réellement un.